dimanche 23 octobre 2011

Pour en finir avec le vieux mythe de l'Education qui coûte trop cher

Parce qu'hélas notre gouvernement a souvent agi avant de réfléchir, voici quelques remarques sur l'investissement que peut représenter l'instruction et la formation pour un État. Faire des économies ne doit pas en effet signifier qu'il faille scier la branche sur laquelle on est assis... Je laisse la parole à un rapport édifiant de l'OCDE:

« Il est maintenant prouvé que le capital humain est un facteur-clef de la croissance économique et de nouvelles données indiquent qu’il est aussi associé à toute une série d’avantages non-économiques comme l’amélioration de la santé et celle du bien-être. L’investissement dans le capital humain et l'implication dans l’éducation a ainsi pris le devant de la scène dans les stratégies visant à promouvoir la prospérité économique, un meilleur taux d’emploi et la cohésion sociale. En conséquence, on considère de plus en plus l’éducation comme un investissement dans l’avenir collectif des sociétés et des nations et non simplement dans la future réussite d’individus. »


ANALYSE DES INDICATEURS DE L’ÉDUCATION DANS LE MONDE ÉDITION 2002
INSTITUT DE STATISTIQUE DE L’UNESCO
ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES
PROGRAMME SUR LES INDICATEURS DE L’ÉDUCATION DANS LE MONDE


Ce que montre l'enquête de l'OCDE, c'est que l'on peut  parler réellement d'une rentabilité de l'investissement dans l'éducation, une affirmation reprise par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE, lors du lancement de l’édition 2009 de Regards sur l’éducation:


 Chaque année, Regards sur l’éducation fait le point de la situation des systèmes éducatifs et des progrès accomplis par les pays en vue d’améliorer les performances de ces systèmes.

[…] Au cours de leur vie active, les titulaires d’une licence de sexe masculin gagneront, en moyenne, 186 000 USD de plus que s’ils n’en possédaient pas. Cette « prime à l’éducation » dépasse même 300 000 USD dans des pays comme l’Italie ou les États-Unis.

Naturellement, il convient de rapporter ces gains supplémentaires au coût de l’éducation pour la société d’une part et pour les individus d’autre part, y compris le « coût d’opportunité », ou le manque à gagner pendant la période où les gens font leurs études. Mais même en prenant en compte ces éléments, le rendement net public de l’investissement dans les études supérieures s’établit, en moyenne, à 52 000 USD pour les hommes et 27 000 USD pour les femmes.

Vu la conjoncture économique, les facteurs incitant les gens à poursuivre leurs études vont vraisemblablement se renforcer dans les toutes prochaines années. Cela s’explique par le fait que les coûts d’opportunité de l’éducation diminuent à mesure que les difficultés pour trouver un emploi augmentent. C’est  le manque à gagner pendant les études, et non les frais d’inscription, qui constitue généralement, pour les étudiants, l’élément de coût le plus important de tous. De surcroît, il leur est plus difficile d’entrer dans la vie active après l’obtention de leur diplôme dans un contexte de crise économique  parce que les employeurs suppriment des emplois, et que les jeunes diplômés se trouvent en concurrence avec des travailleurs plus expérimentés.
En fait, la plupart des pays de l’OCDE ont enregistré une hausse brutale du chômage des jeunes. Dans certains d’entre eux, le taux de chômage des jeunes travailleurs est de 3 à 4 fois supérieur à la moyenne. Les jeunes entrant dans la vie active ont des difficultés croissantes à trouver un emploi, même lorsqu’ils ont  atteint un niveau d’études élevé.

Sous les effets conjugués de ce phénomène et  de la restriction des budgets, l’investissement public et privé dans l’éducation fait désormais l’objet d’un examen de plus en plus attentif. Cette attitude est à la fois  inéluctable et saine. En effet, les pays de l’OCDE consacrent plus de 6 % de leur PIB à l’éducation. Environ un septième de l’ensemble des dépenses publiques est affecté à ce secteur. Le maintien d’un tel niveau de dépenses passera nécessairement par la démonstration de l’efficacité de l’utilisation des  fonds affectés aux systèmes éducatifs. Il conviendra également de démontrer que les coûts de l’éducation sont à la hauteur de ses avantages tant pour l’État que pour les individus.

samedi 13 août 2011

Pôle Emploi recrute des enseignants : un label de qualité!

Le ministre de l'Education Luc Chatel a annoncé, en avril dernier, que le recrutement des professeurs remplaçants, vacataires et contractuels allait désormais être pris en charge par Pôle Emploi. Le ministre, dans un entretien accordé au Figaro le 3 avril, semble pourtant décrire un situation idyllique:
    « Je tiens d'abord à rappeler que dans l'Éducation Nationale, nous ne comptons que 4% d'absences sur une année. L'absentéisme n'y est pas plus développé qu'ailleurs. Et 96,2% de ces absences sont remplacées. Le remplacement s'améliore. Le taux de mobilisation des professeurs titulaires sur zone de remplacement est passé de 76,53% en octobre 2009 à 85,76% en février 2011. »
Si ce phénomène est si marginal, n'aurait-il pas été plus judicieux et plus logique de revoir l'organisation des services des rectorats et de repenser le recrutement des professeurs vacataires et contractuels en interne? Mais il aurait fallu pour cela prendre le temps de la réflexion et avoir une réelle volonté d'améliorer la gestion des remplacements. Il est certes plus facile de transférer ce service à un autre organisme et de prétendre assouplir ainsi le système alors que le véritable but est tristement évident, à savoir, augmenter le nombre d'enseignants précaires afin de compenser les suppressions de postes de titulaires.
Il faut ajouter à cela, qu'une nouvelle fois, le véritable problème est mis de côté, celui de la formation de ces professeurs remplaçants qui est quasiment inexistante.
De plus, les conditions de travail souvent très difficiles de ces enseignants ne sont jamais évoquées (éloignement des postes proposés, frais de transport, premier salaire versé au bout des deux premiers mois, postes à temps partiel et, de fait, salaires de quelques centaines d'euros).
Sur le site de pole-emploi.fr, une présentation du recrutement des enseignants (lien) montre à quel point ce changement va garantir une réelle amélioration de la qualité du service public!
Je n'ai pas pu m'empêcher de reproduire le texte ici et d 'annoter certains passages. C'est moi qui souligne. 
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Recrutement d’enseignants le 26 mai à Paris
Le 26 mai, l’Académie de Paris recrute des enseignants au Centre d’Information et d’Orientation Médiacom dans le 14ème arrondissement.
Benoît VERSCHAEVE
Directeur Ressources Humaines – Académie de Paris


Quel recrutement ?
A
vant toute chose, le recrutement d’un enseignant passe par un concours, mais nous sommes amenés à recruter de temps en temps des contractuels pour pallier à des remplacements (sic). Il s’agit de personnes(1) pour le remplacement d’enseignants dans les établissements collèges, lycées généraux, technologiques et professionnels de la Ville de Paris.
  1. Personnes : vous apprécierez le flou de l'expression.
    Quelles matières ?
    Nous recrutons dans l’ensemble des disciplines, mais c’est vrai qu’on a des besoins plus pressants dans certaines disciplines, par exemple dans les disciplines générales, langues étrangères, mathématiques, éducation physique et sportive, ou dans les disciplines professionnelles, je pense à biotechnologie, électrotechnique, ou lettres, histoire. (2)

jeudi 21 juillet 2011

Rythmes scolaires : l'heure du bilan

Le Ministre de L'Education Nationale Luc Chatel a annoncé, il y a quelques jours, lors de la remise du rapport sur les rythmes scolaires, que la consultation allait se poursuivre avec l'audition des représentants du corps enseignant, des parents d'élèves, et du secteur touristique et qu'un nouveau calendrier serait mis en place à partir de la rentrée 2013.
Nous vous invitons à consulter ce rapport lien. Nous vous invitons également à lire le pré-rapport qui avait été déposé en décembre 2010 par MM. Xavier BRETON et Yves DURAND, députés: lien. La lecture comparée de ces documents apporte quelques lumières sur l'évolution d'un processus d'enquête au fur et à mesure qu'il se rapproche du pouvoir. Nous vous proposons ici quelques remarques. Tout d'abord, il faut saluer le travail qui a été fait, en effet la problématique des rythmes scolaires a été abordée dans son ensemble, et toutes les implications ont été , il nous semble , prises en compte.

Le rapport revient sur une évidence, toujours bonne à rappeler: le rythme de l'école est avant tout lié au rythme des adultes, au rythme du monde du travail. Ce constat est important et c'est peut être par là que pourrait se faire un changement en profondeur de la société, si elle décide enfin de faire de l'éducation des générations futures, sa priorité .

samedi 26 mars 2011

Capes d'histoire-géographie : des membres du jury menacent de démissionner

Capes d'histoire-géographie : des membres du jury menacent de démissionner s'ils ne sont pas indemnisés des frais de la session 2010. Nouvelle école, dont une des vocations est de pointer les dysfonctionnements structurels de l'Éducation nationale se fait aujourd'hui le relais d'une information qui prouve à quel point l'institution peut mépriser le travail de ses professeurs. Un article issu du site  aef.info:

« Nous maintenons la menace de démissionner collectivement dans un délai assez court, parce qu'il est hors de question que l'on parte aux oraux de juin sans avoir été remboursés de nos frais de la session 2010 », déclare à AEF Claire Mazeron, vice-présidente du Snalc-CSENet membre du jury du Capes d'histoire-géographie vendredi 25 mars 2011. Selon elle, « les deux tiers des membres de ce jury n'ont pas été payés pour leur vacation et ou remboursés de leurs frais de déplacement pour la session des oraux de juin 2010 ». « Entre 75 et 80 personnes » seraient concernées. Claire Mazeron indique par ailleurs, qu' « une démission à titre individuel est survenue ». La personne « a envoyé une lettre pour expliquer qu'elle en avait assez de demander le remboursement de ses frais ». Contacté par AEF, le ministère de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative « ne souhaite pas donner suite », estimant que « c'est au Siec de s'exprimer ». AEF n'est pas parvenu à joindre la Maison des examens, vendredi 25 mars.

jeudi 27 janvier 2011

Former et réformer

Bien qu'avec un certain retard, en cette fin de mois de janvier, je profite de ces quelques lignes éditoriales pour vous souhaiter une heureuse année 2011. Je tiens à vous remercier, au nom de Nouvelle école, pour votre engagement ou tout simplement pour l'intérêt que vous portez à notre mouvement, ne serait-ce qu'en lisant nos articles. 2010 aura été l'année de la réforme du lycée, de la réflexion sur les rythmes scolaires et des premiers professeurs stagiaires non-formés. Quels enseignements en tirer pour 2011?
La réforme du lycée en classe de seconde pose un problème majeur celui de l'aide personnalisée (AP) qui comme bien souvent, partait d'une bonne intention, mais qui dans la réalité, compte tenu des emplois du temps et des contraintes matérielles, se révèle être l'énième bricolage estampillé "éducation nationale". Le mouvement de concertation au sujet de rythmes scolaires a été une bonne initiative, fondée sur l'usage d'internet, dont les résultats, sous forme de compte rendus, sont disponibles sur le site dédié. Difficile par contre de dégager de grandes lignes qui mettent tout le monde d'accord...

Hannah Arendt, La crise de la culture

Hannah Arendt, La crise de la culture, Gallimard, coll. "Folio", 1989, 380 p.

Présentation de l'éditeur
Composé de huit essais conçus comme des "exercices de pensée politique", cet ouvrage de la philosophe d'origine allemande Hannah Arendt tire son unité d'un seul et difficile projet : enquêter sur l'origine des grands concepts de la philosophie politique.
Le troisième essai, consacré à la notion d'autorité, constitue une analyse particulièrement éclairante de la modernité, définie comme oubli des origines. En effet, l'autorité traditionnelle se définissait par opposition à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. Elle n'était pas l'autoritarisme car "là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué". Elle n'avait pas non plus besoin de se justifier.

jeudi 11 novembre 2010

La réforme, tout un art!

Un ami m'a envoyé un texte de Gérard Genette que je souhaite partager avec vous en ce mois de novembre; il offre en effet des points de réflexion très précieux, à l'heure où l'UMP attaque son projet de société pour la campagne présidentielle de 2012 en commençant par l'école. À l'heure où les logiques entreprenariales et managériales semblent prendre le dessus sur les concepts propres à l'école, il y a de quoi s'inquiéter.
La "réforme". C'est sur ce mot, trop souvent galvaudé que Genette revenait déjà en 1969. Un mot qui figure dans le sous-titre de notre site internet et qu'il importe ici de requalifier.

« À vrai dire, notre culture s'intéresse médiocrement à l'histoire des méthodes et des contenus de l'enseignement. Il suffit de considérer la façon naïve dont l'opinion se passionne autour de chaque projet de réforme pour constater qu'il s'agit toujours, dans la conscience publique, de la réforme de l'enseignement, comme s'il s'agissait de « réformer » une fois pour toutes un enseignement vieux comme le monde mais entaché de quelques « défauts » qu'il suffirait de corriger pour lui donner la perfection intemporelle et définitive qui lui revient de droit : comme s'il n'était pas de la nature et de la norme de l'enseignement d'être en réforme perpétuelle. L'idée commune implicite est que l'enseignement est une pratique qui va de soi, un pur organe de transmission du savoir, dépourvu de signification idéologique, dont il n'y a rien de plus à dire qu'il n'y a à voir dans une vitre parfaitement transparente. Ce tabou de silence n'est pas sans analogie avec celui qui pèse sur le langage, considéré lui aussi comme un véhicule neutre, passif, sans influence sur les « idées » qu'il transmet : préjugé naturaliste que feu Staline exprimait fidèlement en décrétant : « la langue n'est pas une institution ». Ici, de même, c'est l'institutionnalité, c'est-à-dire l'historicité de l'enseignement que notre culture ne sait pas ou ne veut pas percevoir.
Or il est bien évident, au contraire, que l'enseignement est une réalité historique qui n'a jamais été ni transparente ni passive : les structures du savoir et celles de l'enseignement ne coïncident jamais parfaitement, une société n'enseigne jamais tout ce qu'elle sait, et inversement elle continue souvent d'enseigner des connaissances périmées, déjà sorties du champ vivant de la science ; l'enseignement constitue donc un choix significatif, et à ce titre il intéresse l'historien. D'autre part, les méthodes et les contenus de l'enseignement participent — éminemment — de ce que Lucien Febvre appelait l'outillage mental d'une époque, et par là encore ils sont objet d'histoire. »
Gérard Genette, "Rhétorique et enseignement", in Figures II, Éditions du Seuil, 1969